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Canadian Heritage

Oliver Jones

Commencant avec ses etudes à Montréal avec la soeur de Oscar Peterson, Daisy Peterson Sweeney; a son gagnant du Juno Award; ayant devenu une force majeure sur la scène du monde; cette documentaire d’une heure, nous donne un regard profound à l’homme et ke musician, Oliver Jones

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Transcript of the audio documentary

Je m’appelle Ross Porter et je vous souhaite la bienvenue à « L’histoire d’Oliver Jones ».

Premier interlocuteur : Son jeu est fantastique. Son jeu est merveilleux. Son jeu est intense. Voilà comment on décrit Oliver.

Deuxième interlocuteur : Il y a eu des centaines de grands musiciens, mais certains ne communiquent pas aussi bien que d’autres. Oliver, lui sait faire passer l’amour et l’expertise qui lui sont propres, sans anicroches, et je crois que c’est ce qui fait de lui un vrai grand musicien.

Troisième interlocuteur : Il est vraiment la personne la plus fantastique avec qui j’ai pu travailler de toute ma vie. Il n’y a personne comme lui. Personne! Personne! Sans exception.

Ross Porter : Oliver Jones est né à Montréal le 11 septembre 1934 de parents immigrés originaires de la Barbade. Ses plus vieux souvenirs d'enfance à Montréal sont ceux du quartier ouvrier dans lequel il a grandi, un coin de Montréal appelé La Petite Bourgogne.

Oliver Jones : C’était un endroit merveilleux. Beaucoup de musiciens merveilleux ont grandi dans ce quartier. C’était tout près de deux clubs « Noirs », Rockhead’s Paradise et St. Michelle.

Ross Porter : Le quartier était situé près de la voie ferrée et de nombreux hommes vivant dans La Petite Bourgogne étaient employés par la compagnie des chemins de fer. Les femmes travaillaient souvent comme domestiques, se rendant chaque jour dans les endroits les plus huppés de Montréal afin de faire le ménage dans les maisons des classes moyennes et supérieures. La Petite Bourgogne était un quartier qui valorisait la famille, et pour Oliver c’était un endroit idyllique où grandir. Un endroit entouré d’amis et de membres de sa famille, comme son cousin, le batteur Norman Marshall-Villeneuve.

Normal Marshall-Villeneuve : La Petite Bourgogne était comme une section noire de la rue St. Antoine, vous savez, bien après la rue de la Montagne et St. Antoine on ne trouvait que des gens de chez nous.

Ross Porter : Dans ce quartier vivait également un homme qui va inspirer Oliver durant toute sa vie, la légende du piano et du jazz, Oscar Peterson.

Oliver Jones : Depuis mes 5 ans. C’est à ce moment-là qu’il a commencé dans une émission de radio que nous écoutions régulièrement - il avait quinze ans à l’époque. Je crois que c’était à chaque vendredi soir et jamais je ne l’aurais manquée. Et de le voir le lendemain, vous savez, et juste à cette époque le jazz canadien se construit une plutôt bonne réputation avec les meilleurs pianistes qui n'ont que 15 ou 16 ans. Et je crois que pour moi-même et beaucoup d’autres dans le coin, il était un mentor merveilleux. Une merveilleuse idole à admirer.

Ross Porter : Oscar Peterson vivait à une vingtaine de maisons d’Oliver. Les Peterson étaient de grands personnages dans le quartier, Oscar avec sa réputation grandissante en tant que joueur, et sa sœur Daisy qui enseignait le piano à Oscar et à plusieurs autres enfants du coin.

Oliver Jones : J’ai passé beaucoup de temps assis sur les marches devant chez eux à écouter Oscar jouer quand il était tout jeune; mon meilleur ami Ronald Thomas vivait juste à côté et mes copains tentaient de m’emmener pour aller jouer au baseball et je disais « Non, laissez moi écouter encore un peu. » Et un jour, j’ai simplement demandé à Daisy, « Pourrais-tu m'apprendre à jouer? » Et bien sûr à ce moment-là elle insistait toujours sur le fait que nos études classiques étaient ce qu’il y avait de plus important, mais après une leçon je m’asseyais toujours pour jouer quelque chose sur lequel je travaillais « Don’t Blame Me » ou « Falling in Love with Love » et tous les bons classiques. Et elle était toujours capable de m’aider ou parfois Oscar entrait et surveillait en quelque sorte, il écoutait ce qui se passait. Alors ça a été une enfance vraiment merveilleuse pour moi puisque nous étions tous si proches.

Norman Marshall-Villeneuve : Oliver était très impliqué, il vouait sa vie à la musique. Il n’avait pas vraiment le temps de traîner. Il ne voulait pas traîner. Il voulait seulement jouer sa musique et étudier autant qu’il le pouvait avec Daisy Peterson, vous savez. Il aimait tellement jouer du piano que si sa mère avait besoin de faire des corvées à la maison, elle l’asseyait sur un bottin téléphonique et l’attachait sur la chaise parce que je ne crois pas qu’ils avaient des chaises pour bébés… Comment appelez-vous ça? Des chaises hautes. Mais en tout cas, Oliver restait assis pendant des heures et des heures. À l’âge de 5 ans il a fait son premier petit récital; 6 ans, 7 ans, 8 ans, 9 ans, 10 ans, il faisait tout ça, au Negro Community Center, il donnait ces récitals. Oliver avait la chance de pouvoir jouer. Il a joué beaucoup de choses quand il était jeune, vous savez, et donc à l’âge de 17 ans il s’est décroché un petit contrat régulier au Lantern Café. On donnait aux gens la chance de jouer.

Ross Porter : Pour Oliver, jouer du jazz professionnellement était un rêve devenu réalité. Quelque chose qu’il avait désiré depuis qu’il avait entendu Oscar faire de même. Par contre, sa famille le poussait encore à en accomplir plus.

Oliver Jones : Mon père ne croyait pas qu’il y avait un avenir à jouer de la musique jazz ou n’importe quoi d’autre – il adorait Bach. De la musique religieuse et classique, c’est ce qu’il pensait que je devais jouer. Mais quand j’ai commencé à jouer dans les clubs à l’âge de 17-18 ans, la première personne que je cherchais dans la foule c’était mon père, et il était là, tout souriant, rayonnant. Quand j’étais jeune on me disait « Eh bien Oscar y est arrivé, alors c’est à ton tour. » Sans qu’ils réalisent le talent monumental qu’il avait. Ils prenaient simplement pour acquis que le petit Ollie avait… – ils avaient l’habitude de nous appeler Big O et Little O - et qu’il était temps que je suive ses traces.

Norman Marshall-Villeneuve : Oscar avait beaucoup d’importance pour Oliver et pour sa façon de jouer parce que les deux – je veux dire, si Oliver jouait on pouvait jurer que c’était Oscar ou si Oscar jouait on pensait que c’était Oliver. Ils étaient vraiment proches l’un de l’autre quand ils jouaient.

Ross Porter : Au début de la vingtaine, Oliver était déjà devenu un pianiste à contrat pour des émissions commerciales grand public en plus de jouer dans des fosses à orchestres pour des comédies musicales en ville et, plus il plongeait dans le côté commercial de la musique, plus le jazzman en lui devenait secondaire.

Oliver Jones : Je ne crois pas que j’avais assez confiance en moi pour dire que j’étais un pianiste de jazz. J’étais bien meilleur comme joueur commercial. Et j’ai eu la merveilleuse opportunité de rencontrer un jeune chanteur du nom de Ken Hamilton. Je l’ai rencontré au Rockhead’s Paradise et c’était un chanteur de pop-Calypso et nous avons formé un groupe à Montréal. Nous avons joué dans la région de Montréal durant environ un an et demi et nous avons ensuite eu l’opportunité d’aller jouer un mois à Miami. Nous avons sauté sur l’occasion. Nous allions vers le soleil de Floride. Et après ce contrat qui a été un gros succès, on nous a offert quatre mois à Porto Rico; nous y sommes finalement restés pendant 16 ans.

Ross Porter : Leur contrat à long terme à Porto Rico les tenait occupés 36 semaines sur 52. Durant ses temps libres, Oliver jouait souvent en concert à Chicago et à New York, en plus d’être instrumentiste dans de gros spectacles à Las Vegas, dont celui des illusionnistes et dompteurs Sigfried et Roy.

Norman Marshall-Villeneuve : Il m’a téléphoné un soir, il est entré dans la loge, s’est mis à parler au gars, et il y avait cette grosse panthère noire assise là-haut sur une tablette. Il m’a dit qu’il était terrorisé. Je ne sais pas à qui il parlait, mais il a dit « Peut-on sortir et , vous savez, discuter de ce que vous voulez? ». Oh mon Dieu!

Ross Porter : Après avoir joué pendant 16 ans à Porto Rico, le contrat du groupe a expiré à la fin des années 70, les libérant finalement afin de leur permettre de faire des tournées à travers l’Amérique du Nord, dont Montréal, la ville natale d'Oliver.

Oliver Jones : C’était mon dernier spectacle avec Kenny Hamilton. Quelque chose s’est rompu dans mon œil et j’ai perdu mon œil droit et la vue de cet œil en 1980. Et alors que j’étais à l’hôpital, un bon ami, le bassiste Charlie Middle m’a dit « Eh bien regarde, je sais que tu as joué ces calypsos et tous ces trucs » il me dit. C’est tout à fait la façon dont Charlie s’exprime. « Mais tu as toujours été un pianiste de jazz. » Alors il continue « Pendant que tu récupères, pourquoi ne pas venir et prendre des leçons avec Stan Patrick? » Un merveilleux pianiste qui était aussi un enseignant. Il se préparait à retourner enseigner et ils avaient un petit concert dans cet endroit appelé Mother Tucker’s. Et alors j’ai dit « Eh bien, peut-être pourrais-je jouer quelques soirs avec vous. » Et Charlie a dit « Mon vieux! Tu pourrais faire ce travail. Tu peux le faire. » Et j’ai fais deux soirs. C’était les deux premières soirées où j’étais dans un club pour jouer seulement du jazz. J'ai fait mon premier concert de jazz en 1980. Et la chose étrange était que les gens semblaient apprécier. Et un autre club s’est ouvert, le Tiffany’s, et j’ai eu l’opportunité d’y jouer 5 ou 6 soirs par semaine avec Charlie, et là tout a commencé à décoller. Les gens commençaient à venir et à écouter et cela m’a pris au moins quatre mois avant de réaliser que je jouais finalement la musique que je désirais jouer. Mon rêve avait toujours été, sans doute, de donner un concert de jazz un jour et c’était finalement arrivé. Le tout a vraiment débuté une fois que j’ai su que les gens eux-mêmes s’attendaient à entendre du jazz et rien d’autre, et que j’avais la liberté totale de jouer tous ces morceaux qui se trouvaient dans ma mémoire et dans ma tête depuis des années. C’était vraiment un sentiment enivrant pour moi.

Ross Porter : Oliver et Charlie ont commencé à jouer dans un club appelé Biddle’s Jazz and Ribs. C’est là qu’Oliver a rencontré le futur président de la maison de disque Just in Time de Montréal, Jim West.

Jim West : J’ai rencontré Oliver au club de Charlie Biddle, le Biddle’s Jazz and Ribs. Et ils jouaient et je me trouvais là sans aucune raison. Je venais tout juste de démarrer une compagnie de distribution au Canada, mais je suis allé là bas pour dîner et pour le spectacle. La salle était pleine, environ 150 personnes ou peut-être 125, bref, la capacité maximale. Je n’arrivais pas à croire la variété démographique là-dedans. Je veux dire, il y avait des petits de 10 ans et il y avait là-dedans des gens, vous savez, des grands-parents âgés de 85 ans. Tout le monde prenait plaisir à écouter ce concert. Alors, quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il y avait quelque chose ici qui fonctionnait et quand quelque chose transcende les générations comme ça et que tout le monde porte attention, que tout le monde regarde, c’est qu’il se passe quelque chose de vraiment unique. Et alors, j’y suis retourné plus tard et j’ai discuté avec Charlie et Charlie a dit « Voilà, parle à Oliver. » Et alors, j’ai parlé à Oliver et c’était amusant. Oliver était celui avec lequel je voulais vraiment travailler dans le groupe et nous avons discuté de la possibilité de faire un album et c’est ce que nous avons fait.

Oliver Jones : Avec les années, j'avais reçu des offres d’enregistrement. Toujours pour chanter, deux pour chanter seulement et l’autre pour jouer de l’orgue. Personne ne m'avait jamais rien proposé en m'entendant jouer du jazz, et lui est venu au Biddle’s environ trois fois avant de me parler et il m’a dit qu’il voulait démarrer cette maison de disque jazz. Il a dit qu’il n’avait aucune garantie, mais qu’il voulait essayer.

Ross Porter : Et pour la première fois en 48 ans, Oliver a décidé de suivre sa passion à pleine vapeur en tant que musicien de jazz.

Jim West : N’oubliez pas qu’il s’agit d’un homme qui avait une bonne sécurité financière. D’après lui, il avait toujours eu un revenu stable. Il travaillait toujours, ce qui était bien, mais il a tout laissé tomber lorsque nous nous sommes rencontrés au Biddle’s. Il a dit, « Vous savez, si je veux réussir dans le monde du jazz, je vais tout laisser tomber et me lancer là-dedans. » Et je crois que c’était très courageux. À cet âge-là, de dire cela, vous savez, c’était je crois un gros pari, n’est-ce pas? Mais mon vieux, je suis heureux qu’il l’ait fait! Vraiment très heureux qu’il l’ait fait.

Ross Porter : Mais pour Jim, le risque semblait moindre parce qu’il voyait chez Oliver quelque chose de bien spécial.

Jim West : J’ai toujours senti qu’un grand musicien, lorsqu’il a atteint un certain niveau, sait déchiffrer un public et peut comprendre tellement bien un public que c’est comme une deuxième nature pour lui, comme de marcher. Et je ne dis pas qu’ils jouent seulement pour le public, mais ils ne jouent pas seulement pour eux-mêmes. Vous savez, certains artistes ont tendance à jouer strictement pour eux-mêmes et on peut perdre le public parfois. Oliver peut vraiment toucher le public et il sait pour qui il joue et il se sent bien à faire ce qu’il fait et cela transcende le public et c’est ce qui le rend très spécial, je crois.

Ross Porter : Il a gagné son pari. L’album a connu un succès foudroyant. Pour Jim West c’était le lancement inaugural de sa nouvelle maison de disque Just in Time. Et il se sentait vraiment chanceux, en effet.

Jim West : Curieusement, peut-être parce que le premier album s’est si bien vendu et que ça a si bien marché, nous avons continué. Je veux dire, ce n’était pas seulement merveilleux et amusant, du côté du son ce n’était probablement pas le meilleur disque jamais fait, vous savez. Mais c’était certainement l'enregistrement le plus amusant à faire. On pouvait y entendre l’atmosphère. Vous savez, tout le monde s'est bien amusé et ça a bien marché. Ça a même très bien marché.

Oliver Jones : L’enregistrement a débuté en 83 avec Jim et ensuite chaque année, tous les neuf mois, c’était comme accoucher, à chaque neuf mois je produisais un album ou un CD.

Ross Porter : Extrait du premier album d’Oliver Jones en tant que meneur de groupe, « Live at Biddle’s », voici « Take the ‘A’ Train ».

[Musique]

Je m’appelle Ross Porter et vous écoutez « L’histoire d’Oliver Jones », un documentaire original sur les ondes de la station de jazz du Canada, Jazz FM91.

Ross Porter : Au milieu des années 80, la réputation d’Oliver en tant que musicien de jazz se limitait encore à la scène de Montréal. À Toronto, un club appelé Café des Copains avait été acheté récemment par le restaurateur Lothar Lang.

Lothar Lang : Le Café des Copains était connu entre autres parce qu’il n’embauchait pas d’artistes canadiens, la scène de jazz de Toronto à l’époque était telle que les Torontois ne voulaient pas payer de frais d'entrée pour aller dans des clubs où jouaient des artistes considérés comme locaux. Et une année, je crois que c’était en 1985, j’allais souvent à Montréal parce que j’avais beaucoup d’amis là-bas. Je suis allé à l’hôtel Reine Elizabeth et voilà Oliver Jones qui joue à l’heure du cocktail, de 5 à 7 heures au Beaver Club et plus tard le soir au Biddle’s. Alors je suis allé au Biddle’s et je me suis présenté et j’ai dit, « oh en passant, je suis propriétaire d’un petit club de jazz à Toronto » et il a répondu « Oui, j’en ai entendu parler, mais vous n’embauchez pas d’artistes canadiens. » J’ai dit « Je vais changer le concept assez rapidement. »

Oliver Jones : Saviez-vous que j’ai été le tout premier Canadien à jouer là-bas? Et j’étais tellement surpris que Lothar m’ait embauché et d’avoir cette merveilleuse opportunité de jouer là-bas.

Lothar Lang : Quand je l’ai embauché la première fois, les gens étaient sceptiques, mais ils sont tout de même venus; ils voulaient voir si ça fonctionnait. Et ça a fonctionné et ils ont demandé « pourquoi tu ne l’as embauché que pour une semaine », parce que dans le temps on embauchait chaque soliste de piano pour une durée de deux semaines et il revenait à chaque année environ aux mêmes dates et lui je ne l’avais embauché que pour une semaine parce qu’il avait dit « Je vais venir seulement pour une semaine, au cas où ce serait un échec. » Et après quelques soirs, vous savez, les gens ont dit « Wow! Tu ne l’as embauché que pour une semaine? Quand revient-il? Quand revient-il? Quand revient-il? »

Ross Porter : Oliver est retourné jouer au club et sa popularité dans la ville a grandi et grandi. En 1986, Oliver a élargi ses horizons en jouant quelques concerts aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle Zélande et aux îles Fidji. En 87, il a fait une tournée en Europe. En 88, en Amérique du Sud. Et en 1989, Oliver s’est engagé pour une série de spectacles qui allaient être difficiles mais, en même temps, revigorants, une tournée en Égypte et en Côte d’Ivoire en Afrique.

Jim West : Quand on a demandé à Oliver de faire cette tournée, il a dit « Je vais faire cette tournée, oui, à la condition que tu organises un spectacle gratuit pour les jeunes de cet endroit. Alors en d’autres termes, il y aura deux spectacles par soir, un pour l’élite qui paye mais je veux qu’un spectacle soit pour les enfants. Et il n’y aura pas de frais d'entrée. Ils entrent. » Nous avons fait cela partout où nous sommes allés. La Côte d’Ivoire, le Niger, et nous avons joué dans plusieurs villes différentes. Au Niger il y avait deux mille cinq cent enfants entassés qui sont venus voir le spectacle, c’était incroyable. C’était vraiment spécial.

Ross Porter : Pour accompagner Oliver sur la scène, il y avait le bassiste Dave Young.

Dave Young : C’était culturellement et musicalement vraiment une révélation pour nous tous. De jouer au Niger c’est, ce n’est pas comme aller à Harlem ou dans un lieu comme ça. C’est aller dans un pays où il y a beaucoup de gens qui n’ont jamais entendu parler de ce que l’on fait. En fait, la majorité d’entre eux, vraiment, ils ne savent pas ce qu’est la musique jazz. Vous savez, aucun concept de ce que l’on fait et de comment. Alors c’était une entreprise assez aventureuse des deux côtés.

Jim West : Au Caire, je me rappelle que nous nous sommes fait avertir, en quelque sorte, par quelqu’un d’officiel du gouvernement, que le jazz n’est pas connu ici. Peu de gens comprennent le jazz ou connaissent le jazz. Alors, n’ayez pas peur de la réaction, faites attention, ne vous en faites pas, ce n’est pas qu’ils n’apprécient pas ce que vous faites, mais c’est vraiment nouveau pour eux. Pour faire court, Oliver a débuté le spectacle, il a fait quelque chose que je ne l’ai jamais vu faire et il n’a jamais…, je ne crois pas qu’il l’ait refait depuis. Mais il a tout simplement raconté l’histoire du jazz. Il s’est arrêté après chaque chanson et a expliqué ce qu’il venait de faire. Il savait que le public ne comprenait pas tout à 100%. Au public, entre les pièces, il lui parlait en anglais et en français parce qu’il y avait beaucoup de francophones au Caire. Alors il a tout couvert dans les deux langues et a fait l’histoire – il expliquait à tout le monde d’où provenait la musique, de l’Afrique et des esclaves jusqu’au blues et au gospel et le jazz et tout, R&B et tout, le comment - et il a fait des improvisations sur le piano et les gens ont vu ça. Je vous le dis sans mentir, ils se tenaient debout sur leurs chaises après le spectacle, applaudissant et hurlant. Et c’était absolument incroyable – je ne l’ai jamais revu faire ça, mais c’était vraiment spécial.

L’ONF a filmé une partie de la tournée et l’a transformée en un documentaire, « Oliver Jones in Africa » (Oliver Jones en Afrique), un film qui a permis à Oliver de se faire de nouveaux admirateurs dans des lieux bien improbables.

Oliver Jones : Un jour j’ai reçu un appel et c’était d’une école franco-haïtienne et l’enseignante m’a dit « nous avons montré votre documentaire à nos jeunes et ils ont tous eu l’opportunité d’écrire sur les différentes sections du film; seriez-vous prêt à venir et parler aux enfants et peut-être jouer quelques morceaux? » Et alors que je marchais, ils sont venus à ma voiture, j’ai entendu tous ces jeunes de 5, 6, 7, 8 ans criant « Oliver Jones » et quelques-uns d’entre eux ne pouvaient même pas prononcer le nom Jones correctement. Mais c’était un sentiment si chaleureux et j’ai eu l’opportunité de m’asseoir parmi eux et de leur parler et ils avaient des questions à me poser au sujet de mon enfance, à quel moment j’avais commencé à jouer du piano… Et certains des parents étaient là. Je crois qu’à partir de ce moment-là, j’ai acquis un sens des responsabilités. Pour eux, j’étais comme un héros.

[Musique]

Ross Porter : Oliver n’a pas pris cette responsabilité à la légère. La chance dont il a bénéficié lui a donné l’opportunité de donner à ceux qui l’entourent.

Jim West : En tout premier lieu, il apporte un soutien enthousiaste aux jeunes talents. Il parle toujours de…, bien sûr tout le monde me connaît en tant qu’excellent pianiste, eh bien, quel est le nom de ce jeune de 23 ans qui est absolument fantastique, tu devrais l’écouter. Et il fait toujours la promotion de quelqu’un d’autre, encourage les jeunes gens, tu sais. C’est le tour des autres maintenant. Vous voyez, ce genre d’attitude. Pas qu’il ait terminé, mais, vous savez, Oliver laisse la place à d’autres c’est ce qu’il fait. Il a fait cela dans sa propre communauté, dans la communauté noire de Montréal. Je veux dire, dans le dernier ou les deux derniers mois à Montréal il y a eu beaucoup de – il a fait des choses pour le syndicat à l’église. Il a fait des choses pour le centre culturel communautaire. Oliver voulait que cet endroit continue d’exister, et il faisait de son mieux, et dernièrement, la ville de Montréal a fait un gros don à ce centre et je crois, en partie grâce aux gens comme Oliver Jones, qui sont passés par le système et qui, encore aujourd’hui, le soutiennent, vous savez. Alors, il est vraiment, je ne dirais pas unique dans ce sens, mais Oliver est une personne vraiment spéciale. Vraiment.

Ross Porter : Mais son engagement premier et ses liens sont toujours avec la musique.

Dave Young : C’est son amour et sa joie de la musique qui ressortent quand il joue. Et c’est ce que le public recherche. Le public est très réceptif. Il vous voit avoir du plaisir et sourire et tout ça. Il fait la même chose. Le public aime la musique, vous savez, la musique n’est peut-être pas très profonde, mais si nous on a du plaisir, le public aussi. Si on est sérieux, vous savez, Miles est au sommet dans ce genre-là – à jouer ses trucs sérieux, alors il faut être un public sérieux. Oliver est en mesure de transmettre ce sentiment, cette joie au public.

Oliver Jones : Le public est là pour écouter, mais il faut aussi s’assurer qu’il devienne une partie importante du spectacle et qu’il se sente comme si vous jouiez spécialement pour lui, et je crois que ça représente mon point fort et ça m’a permis de travailler aussi longtemps.

Dave Young : Il joue de la musique que les gens peuvent reconnaître. Je veux dire, il joue un medley de Gershwin et les gens disent « Ah, je connais ça, je connais ça. » Vous savez, les gens adorent Gershwin. Mais Oliver a toujours été assez astucieux, vous savez, en utilisant ce genre de répertoire, pas seulement Gershwin, mais tous les grands compositeurs et en jouant ces mélodies que les gens connaissent, aiment, peuvent fredonner; ils s’en rappellent de quand ils étaient enfants. Je veux dire, c’est intelligent, musicalement. On peut improviser sur ces pièces. On peut improviser sur « The Man I Love » ou n’importe quoi d’autre, mais de jouer cette pièce et que les gens disent « Ah ouais, j’aime ça! ». Alors ils sont avec vous.

Enregistré en direct au Pepe’s Club à Halifax, voici Oliver Jones et son album « Requestfully Yours » avec un medley de pièces de Gershwin.

[Musique]

Vous écoutez « L’histoire d’Oliver Jones, » un documentaire original sur les ondes de Jazz FM91. Je m’appelle Ross Porter.

Il n’y a pas que la musique qui motive Oliver. Tard dans sa vie, il a commencé à poursuivre d’autres passions. L’ancien propriétaire d’un club de jazz et ami d’Oliver, Lothar Lang.

Lothar Lang : C’est un très bon golfeur. Un vraiment très bon golfeur. Et il approche le golf comme il approche le piano. Le tout doit avoir du sens et si ça n'a pas de sens, alors on travaille jusqu’à ce que ça en ait. J’ai toujours un plaisir fou. J’ai joué avec lui, son anniversaire est le 11 septembre. J’ai joué avec lui lors de son 65e anniversaire à Toronto. Il était en ville pour un truc. Il joue, ça me revient, je sais à quel terrain de golf, nous avons joué à Deer Creek et soudain son téléphone cellulaire sonne. C’est le premier ministre Jean Chrétien au téléphone qui lui souhaite une joyeuse fête. Super! Super! Il lui a simplement souhaité sa fête. Vous savez, juste pour ça et savoir comment il se porte, etc. Alors Chrétien s’est probablement dit « Oh mon ami Oliver de Montréal, c’est sa fête, je vais l'appeler. Voici son numéro de cellulaire. » Il était sur le terrain de golf. Personne ne sait qu’il est sur le terrain de golf à ce moment-là, et les deux personnes avec qui on jouait ont dit « C’est qui ce gars? » Vous savez, il est pas mal connu. Partout au Canada, bien sûr, mais vous savez, c’est compréhensible. Les deux autres n’avaient aucune idée de qui il était vraiment – parce qu’il ne parle jamais de lui-même et on ne peut pas, quand on est en sa présence, on ne peut pas vraiment dire « Oh, au fait, voici bla, bla, bla. » Il me giflerait. Il n’aime pas ça. Il a vraiment les pieds sur terre, mais c’est un très bon golfeur.

[Musique]

Ross Porter : En l’an 2000, à l’âge de 65 ans, Oliver a décidé de tout quitter. Il sentait qu’il avait accompli tout ce qu’il s’était donné de faire. Il a connu une seconde carrière formidable comme musicien de jazz et a reçu plusieurs prix JUNO, un prix Martin Luther King ainsi que l’Ordre du Canada, et donc il sentait qu'il était temps de fermer le piano et de prendre sa retraite.

Lothar Lang : La première fois qu’il a pris sa retraite, mon épouse l’a appelé personnellement parce qu’on avait besoin qu’il nous rende un service, parce que l’un de nos artistes ne pouvait pas se présenter, il était malade, et nous avions donc besoin d’un remplaçant rapidement et mon épouse lui a téléphoné et a dit « Oliver tu m’en dois un, tu sais, » et il a dit « Pas de problème. » Et il est venu et a remplacé le musicien à la dernière minute et il a ensuite pris sa retraite pour une seconde fois, et nous l’avons fait sortir encore une fois. Jim Galloway lui a téléphoné. Jim lui a dit « J’ai entendu dire que tu serais intéressé à jouer pour Lothar à nouveau. » Parce qu’après nous avoir rendu service, il m’avait dit « Ne me le demande plus jamais. » J’ai dit « Sans problème. » Alors, on se parlait quand même fréquemment. On parlait de son golf, du temps qu’il faisait en Floride, de quand on allait descendre là-bas, de comment était Montréal. Nous ne parlions jamais de la possibilité qu’il joue dans mon établissement. Alors Jim l’a fait venir une seconde fois et je crois que la troisième fois, il est venu parce qu’il s’ennuyait. La musique lui manquait.

Jim West : Je crois qu’il voulait revenir parce que, vous savez, dans son esprit, il avait 65 ans quand il a pris sa retraite et il s’était dit, tout le monde prend sa retraite à 65 ans. C’est comme ça que les choses fonctionnent, non? Ce qui n’est plus vraiment le cas de toute manière quand on travaille, n’est-ce pas? Beaucoup de gens continuent de travailler plus longtemps, mais je crois qu’il avait ça dans la tête et il a pris sa décision. Il s’est décidé mais les demandes ont continué à venir de plus en plus souvent et il s’est tout simplement dit « Eh bien, peut-être pourrais-je revenir et faire quelque chose. » Et il a dit « Faisons un album, pourquoi pas? » Et alors tout cela a pris de l’ampleur et je suis vraiment très heureux qu’il soit revenu.

Ross Porter : Extrait de l’album qui est sorti après son premier départ en retraite, voici Oliver Jones en duo avec le bassiste Skip Bay dans la pièce « Boogie Blues ».

[Musique]

Ross Porter : Dans la période relativement courte qui a suivi sa décision de gagner sa vie en tant que musicien de jazz, Oliver a vécu la vie que la plupart des gens ne peuvent que rêver d’avoir. Ses talents musicaux l’ont emmené partout dans le monde, ont rempli son âme de souvenirs et son curriculum vitae déborde d’honneurs. Il a accompli presque tout ce qu’il voulait accomplir dans sa vie, mais il manquait encore une chose. Même après toutes ces années, il n’avait jamais partagé la scène avec l’homme qui l’avait inspiré à jouer en tout premier lieu. Il n’avait jamais joué avec Oscar Peterson. C’est arrivé en 2004, au gala de fermeture de la 25e édition du Festival de jazz de Montréal.

Jim West : Je crois qu’ils sont arrivés sur scène vers minuit, ou quinze minutes avant minuit, je ne me rappelle plus, mais le public entier était surchargé, bien sûr, parce que c’était spécial. Je ne suis pas certain, je ne me rappelle pas la dernière fois qu’Oscar avait fait ça.

Oliver Jones : Je le regardais et je savais que j’allais jouer avec lui, et je me suis dit « J’y suis finalement arrivé. » Avec les années, je l’avais vu jouer si souvent et, bien sûr, je connaissais beaucoup de sa musique puisque je l’écoutais depuis que j’avais 5 ou 6 ans, mais je ne pensais pas être ému à ce point quand il m’a regardé et a hoché la tête en voulant dire « Oui. C’est bon. » C’était probablement, et je n’hésite plus maintenant quand les gens me demandent quel a été mon plus grand frisson : ça a été ce moment-là. Absolument certain! J’ai eu la merveilleuse opportunité de jouer avec Dave Brubek, George Shearing, Hank Jones et Jay McShann et beaucoup d’autres, avec deux pianos sur scène, mais ça c’était, sans aucun doute, la plus merveilleuse expérience de ma vie.

Voici Oliver Jones en compagnie d’Oscar Peterson dans « Hymn to Freedom ».

[Musique]

Ross Porter : C’était un moment extraordinaire dans la vie d’Oliver, et après le décès d’Oscar le 23 décembre 2007, Oliver a eu la chance de réfléchir un peu sur l’homme dont la présence comptait tellement pour lui.

Oliver Jones : Il m’a vraiment inspiré à devenir un pianiste de jazz, c’est certain. Il a été le premier pianiste de jazz que j’ai écouté dans ma vie. Depuis l’âge de 4 ou 5 ans, il a toujours été là. Il a toujours été un mentor pour moi et c’est de regarder ce qu’il faisait dans sa vie et ce qu’il avait accompli qui m’a donné la motivation de continuer.

Ross Porter : La boucle est bouclée pour Oliver. Il est toujours en contact avec la sœur d’Oscar, Daisy, la femme qui lui a montré comment jouer il y a tellement longtemps, à l'époque de La Petite Bourgogne.

Oliver Jones : Elle est toujours en vie et j’ai la chance de temps à autres d’aller lui rendre visite et elle se rappelle toujours, son esprit va et vient, mais elle se rappelle toujours des choses que j’ai faites ou des concerts que j’ai joués, ou des passages avec lesquels j’avais de la difficulté. Ça m’impressionne qu’elle puisse se rappeler de choses qui se sont passées il y a plus de 60 ans; elle a encore un piano et à chaque fois que je lui rends visite j’y joue et soudain tous mes doigtés d’il y a 20 ans, et auxquels je ne porte probablement pas autant d’attention, reviennent instantanément, et automatiquement je commence à jouer avec la bonne position et elle est là et elle hoche sa tête et elle est très fière de ce qui m’est arrivé. Et elle dit toujours « Je savais que tu allais y arriver. »

Ross Porter : Le président et fondateur de la maison de disques Just in Time, Jim West.

Jim West : C’est un individu merveilleux et il a du talent et c’est un gars fantastique. Vous mettez ces trois choses ensemble et c’est ce qui fait que quelqu’un est formidable. Je veux dire, on peut être bon techniquement parlant mais ne pas réussir à tout faire, à tout accomplir. Oliver a tout pour lui, vous savez, il a la capacité d’aspirer à être le meilleur. Il écrit de l’excellente musique. Je suis allé à 5 célébrations et cérémonies de doctorat en son honneur, la dernière étant à l’Université de Montréal où ils ont établi une bourse en son honneur, vous savez. Alors, il a l’Ordre du Canada et il a reçu le prix du Gouverneur général, vous voyez il a tout pour lui. On n’en fait pas des mieux que lui.

Oliver Jones : Toutes les choses merveilleuses qui me sont arrivées durant les dernières 25 années m’ont fait réaliser qu’on ne peut pas s’imposer des limites à soi-même. D’autres gens peuvent tenter de le faire, mais si on persévère, personne ne pourra nous arrêter.

[Musique]

Ross Porter : Oliver Jones a vraiment connu une carrière extraordinaire. Il est connu internationalement comme étant un grand joueur de jazz et au Canada comme un modèle. Sa décision d’adopter le jazz tard dans sa vie lui a donné un focus qui vient, sans aucun doute, avec l’expérience, et ce qu’il a pu accomplir depuis qu’il s’est donné au jazz en 1981 a vraiment été merveilleux. Avec plus de 25 albums, en plus d’une multitude impressionnante de prix musicaux et humanitaires, il s’est construit une vie qui inspirera sans aucun doute les pianistes de jazz pour des générations à venir.

Oliver Jones est et sera encore pour longtemps l’un des meilleurs joueurs de jazz au Canada et aussi longtemps qu’il jouera, nous pourrons nous compter chanceux de pouvoir écouter sa magie.

[Musique]

Je m’appelle Ross Porter et vous venez d’écouter « L’histoire d’Oliver Jones », un documentaire original sur les ondes de JazzFM 91. Le documentaire a été produit par Jeff Siskend. Ross Porter en est le producteur exécutif. Nous avons bénéficié de l’aide financière accordée par le ministère du Patrimoine canadien par l’entremise du programme Culture canadienne en ligne.

Un merci tout particulier à Oliver Jones.


 



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